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Armées du Moyen-Âge

Introduction

Les premières armées médiévales étaient des survivances des bandes tribales guerrières. Celles-ci ont évolué et sont devenues des armées féodales constituées de vassaux rattachés à un suzerain et de leurs suivants respectifs. Tout seigneur d'un fief devait annuellement une période de service militaire. Celle-ci débutait par plusieurs semaines (ou plusieurs mois) de service. Le vassal était accompagné de soldats professionnels dont il avait personnellement la charge. Les armées des derniers rois de cette époque, ainsi que celle des suzerains aisés étaient constituées de soldats professionnels et de mercenaires. Vers la fin de cette ère, les vassaux payaient leur tribut en argent sonnant et trébuchant plutôt qu'en service militaire : cette " taxe de guerre " servait à entretenir les armées royales.

 
Dans les armées féodales, le service était une question de devoir et d'honneur pour les chevaliers. Dans une société guerrière, les chevaliers vivaient pour le combat. Gagner une bataille constituait pour eux le chemin privilégié pour accéder à la reconnaissance de leur pairs et à la fortune. Les soldats professionnels étaient pour la plupart les fils des familles aristocratiques n'ayant que peu de biens une fois l'héritage transféré à l'aîné. Pour eux, la guerre était un métier comme un autre. C'était également un devoir imposé aux paysans, lorsqu'ils étaient enrôlés. Pour ces derniers, le service était tout sauf un honneur.
Vers les XIV et XVème siècles, un grand nombre de roturiers entrèrent dans les rangs des armées, car la solde y était souvent bien plus élevée que dans les emplois plus pacifiques. Un des autres attraits importants de l'armée était les possibilités de pillage. Les guerriers tribaux était loyaux envers leur chef et combattaient à ses côtés tant qu'il leur fournissait le gîte, le couvert et la possibilité de participer aux pillages. Ces usages se sont perpétués jusqu'à l'époque féodale. Le souhait le plus ardent des chevaliers de plus bas lignage et des fantassins professionnels était de participer à l'assaut d'une ville ou d'un château riche, car les places fortes qui résistaient étaient généralement mises à sac. Dans certains cas, le soldat pouvait alors amasser pendant le pillage un butin pouvant représenter plusieurs fois sa paie annuelle. Les batailles rangées permettaient également de s'enrichir : il était possible de vendre l'armure et les armes des tués et de rançonner les familles des chevaliers.

Organisation des armées

Par rapport aux grandes armées nationales contemporaines, les armées féodales étaient organisées de manière simple. Jusqu'à la fin de cette période, les régiments, divisions ou corps n'étaient pas permanents. Lorsqu'une armée féodale était appelée, chacun des vassaux se rendait au point de ralliement avec les chevaliers, archers et fantassins qu'elle se devait de rassembler. Sur le point de ralliement, les contingents étaient réorganisés selon leur rôle. Les chevaliers et leurs écuyers avançaient ensemble, de même que les archers et les fantassins.
Les unités spéciales, telles que les ingénieurs et les soldats chargés de manoeuvrer l'artillerie de siège, étaient généralement composées de professionnels employées pour la campagne. Par exemple, les mercenaires chrétiens manoeuvraient l'artillerie employée par les Turcs contre Constantinople.

Vers la fin du Moyen-Âge, la profession de soldat mercenaire était hautement considérée. Les « entrepreneurs guerriers » proposaient des compagnies de mercenaires, ce qui permettait à un seigneur ou une ville riche d'engager une force de combat compétente déjà formée. Certaines compagnies de mercenaires étaient spécialisées dans une activité définie. Par exemple, 2000 arbalétriers de Gènes servirent dans l'armée française lors de la bataille de Crécy en 1346. D'autres compagnies de mercenaires étaient composées de forces armées composites. Elles étaient souvent caractérisées par le nombre de lances qui les composait. Chaque lance était représentée par un cavalier armé, ainsi que des troupes montées, des fantassins et des troupes d'armes à jet. Une compagnie de 100 lances représentait plusieurs centaines de soldats. Ce système est à l'origine du mot « freelance ».

La hiérarchie de commandement de l'armée féodale était horizontale. Les manoeuvres étaient fort limitées et le commandement concentré dans les mains d'une poignée d'hommes.
En 1439 Charles VII de France leva les Compagnies royales. Ces compagnies étaient constituées de chevaliers ou de soldats d'infanterie ; leur solde était prélevé sur les taxes royales. Chaque compagnie comportait un nombre fixe d'hommes ; leur armure et leurs armes étaient choisies par le roi et non plus laissées à leur choix. Elles marquent le début des armées modernes en Occident.

Ravitaillement


Les stocks de nourriture et de médicaments étaient fort limités. Les armées médiévales vivaient sur leur lieu de cantonnement, au détriment des résidants de la région qu'ils occupaient ou traversaient. Le passage d'une armée amie n'était, le plus souvent, pas plus bénéfique que celui des ennemis. Les armées médiévales ne s'attardaient pas longuement en un lieu, car les vivres et le fourrage venaient rapidement à manquer, ce qui posait tout particulièrement problème lors des sièges. Si l'armée assiégeante ne prenait pas les dispositions nécessaires pour être ravitaillée, elle devait souvent lever le siège bien avant que les assiégés ne se rendent.

Les problèmes sanitaires étaient également cruciaux lorsque l'armée était cantonnée. Outre les chevaux des cavaliers, un grand nombre d'animaux accompagnaient l'armée et les problèmes d'évacuation des déchets étaient souvent source d'épidémies de dysenterie. Les armées féodales étaient souvent décimées par les maladies et les désertions. Pendant la campagne de France, on pense qu'Henry V d'Angleterre perdit, lors du siège d'Harfleur, quinze pour cent de son armée par suite de maladie et plus encore pendant la marche vers Azincourt. Lors de la bataille proprement dite, il ne perdit que cinq pour cent de ses hommes. Henry V mourut des suites d'un manque d'hygiène lors d'un autre siège.

Déploiement des armées pour la bataille

La plupart des batailles étaient des événements organisés : les deux parties organisaient leurs rangs avant d'engager le combat. Les campagnes de manoeuvres et les affrontements directs étaient choses rares.

Avant la bataille, les stratèges divisaient leurs forces en unités qui occupaient chacune une place spécifique dans le dispositif guerrier. La première des divisions permettait de séparer les fantassins, les archers et la cavalerie. Ces groupes pouvaient alors êtres divisés en groupe auxquels étaient assignées des tâches spécifiques, ou bien étaient mis en réserve. Un stratège pouvait par exemple mettre en place plusieurs « batailles » ou « divisions » de chevaliers. Celles-ci pouvaient être employées individuellement en cours de combat ou mis en réserve. Il était également possible de déployer les archers devant l'armée et de les soutenir par des unités d'infanterie. Lorsque l'armée était en position de combat, la prise de décision consistait à décider où envoyer les unités ainsi composées. Le repli, le regroupement ou la recomposition des troupes n'étaient pratiquement pas envisagés une fois le combat engagé. Les groupes de chevaliers, par exemple, ne servaient que rarement plus d'une fois. Une fois leur part du combat effectuée, le groupe était soit renforcé, soit retiré du combat. Une charge complète de la cavalerie lourde était source de tellement de désordres, de pertes en équipement et en chevaux qu'il était en fait pratiquement impossible de la réutiliser pendant la bataille. Les unités des chevaliers normands présents à la bataille de Hastings furent reformées pour attaquer à nouveau, mais elles ne chargèrent pas complètement, car elles ne réussirent pas à pénétrer le mur de boucliers des Saxons.

Les plus grands stratèges utilisaient le terrain à leur avantage et envoyaient des éclaireurs de façon à évaluer les forces et faiblesses de l'ennemi.

Rançonnement

Les récompenses les plus prisées pour faits de guerre étaient les honneurs et l'attribution de fiefs. Les accessits comprenaient les butins prélevés sur les ennemis tués au combat, la mise à sac des villes et des châteaux, la vente de l'armure et des armes récupérées sur les morts et le rançonnement des prisonniers de marque. Les chevaliers payaient généralement une rançon pour avoir la vie sauve. Une des rançons les plus élevées fut celle payée à un prince allemand pour la libération de Richard Ier d'Angleterre capturé pendant son retour des Croisades. Elle se montait à plus de cent millions de francs d'aujourd'hui.

À Azincourt, les Anglais détenaient en otage un grand nombre de chevaliers français pour en demander rançon. Pendant la bataille, une unité française attaqua l'arrière des forces anglaises : Henri V connut un bref moment de panique et ordonna l'exécution  des chevaliers pour éviter leur libération. Il perdit ainsi une véritable fortune.

La capture des chevaliers étaient enregistrée par des hérauts qui consignaient par écrit le nom de l'auteur de la capture, et donc, celui du destinataire de la majeure partie de la rançon. Les hérauts annonçaient alors la capture à la famille des chevaliers, organisaient le paiement de la rançon et leur libération.

Le système des rançons semble fort civilisé, mais cache en fait des aspects plus sombres. Les prisonniers de faible rang ou dont la valeur d'échange était nulle était quelquefois tués pour éviter de devoir les surveiller et les nourrir.

Stratégie

La stratégie militaire médiévale avait pour objectif de contrôler le substrat économique de la richesse et donc la capacité à lever des armées. Au début de cette époque, ceci consistait surtout à piller ou défendre la campagne, car celle-ci était la source principale des revenus (élevage et cultures). Progressivement le contrôle des bourgs prit plus d'importance, car ceux-ci constituaient des centres de richesse provenant du commerce et de l'artisanat.

La défense et la prise des châteaux était un élément clef de la guerre, car ils défendaient les fermes. Les guerriers occupant le château contrôlaient leur voisinage. Lorsque la taille des bourgs augmentaient, ils étaient également fortifiés. Le contrôle du bourg devint peu à peu plus précieux que celui du château.

Les armées de terrain manoeuvraient pour prendre les places fortifiées plus importantes et pour piller la campagne ou pour empêcher l'ennemi de faire de même. L'objectif des batailles rangées était de mettre fin aux destructions causées par les invasions ennemies. Par exemple, la bataille de Hastings en 1066 visait à stopper l'invasion des terres anglo-saxonnes par les Normands. Les Anglo-saxons la perdirent et les Normands, sous la conduite de Guillaume le Conquérant, passèrent plusieurs années à établir un contrôle de l'Angleterre par une campagne de conquête. Un autre exemple est celui de la bataille de Lechfield en 955 qui opposa les bandes armées des Germains et Hongrois venues de l'Est. La victoire décisive des Germains, sous le commandement d'Otto Ier, mit fin aux invasions hongroises. La défaite des Maures en 732 par Charles Martel arrêta les attaques des musulmans et les força à se cantonner à la péninsule ibérique.

Les batailles de Crécy, Poitiers et Azincourt, qui se sont déroulées pendant la Guerre de Cent ans entre les Anglais et les Français, avaient toutes pour but de stopper les incursions anglaises. Les Français les perdirent toutes trois et les attaques des Anglais se poursuivirent. Toutefois, dans ce cas, les attaques ne suffirent pas aux Anglais pour établir un contrôle permanent et se furent finalement les Français qui gagnèrent la guerre.

L'objectif des Croisades était de prendre possession des places fortes les plus importantes de la Terre Sainte, afin d'assurer le contrôle de cette région. Les guerres saintes avaient pour but de briser le contrôle établi par une des deux parties. La victoire de Hattin en 1187 par les Sarrasins sous l'égide de Saladin permit de reconquérir Jérusalem.

Tactiques de combat

D'affrontements entre bandes armées peu organisées, les batailles médiévales devinrent lentement des combats où la tactique et les manoeuvres avaient leur importance. Cette évolution s'est faite en partie suite à l'émergence de nouveaux types de soldats et d'armes et à l'apprentissage du maniement de ces dernières. Les premières armées de l'Âge sombre n'étaient composées que de fantassins. Avec l'apparition de la cavalerie lourde, les meilleures armées devinrent des groupes de chevaliers. On emmenait les fantassins pour qu'ils dévastent les cultures et fournissent la main d'oeuvre nécessaire lors des sièges. Pendant les batailles, les dangers qui guettaient les fantassins venaient des deux parties au combat, lorsque les chevaliers cherchaient à engager un combat individuel. C'était surtout le cas pour les fantassins du début de la période qui étaient soit enrôlés de force soit des paysans sans entraînement militaire. Les archers étaient également utiles lors des sièges, mais ils courraient le risque d'être écrasés par les chevaux.
À la fin du 14ème siècle, les stratèges savaient mieux discipliner leurs chevaliers et parvenaient à coordonner leur armée. Dans l'armée anglaise, les chevaliers respectaient les grands archers (même s'il le faisait à contrecoeur), car ces derniers avaient prouvé leur valeur sur de nombreux champs de bataille. La discipline s'améliora également car de plus en plus de chevaliers se battaient contre argent sonnant et trébuchant et non plus pour l'honneur et la gloire. En Italie, les soldats mercenaires acquirent une certaine renommée, car dans leurs rangs les pertes étaient faibles, même lors des longues campagnes. Déjà à cette époque, tout soldat, quel que fut son rang, était un atout dont il fallait prendre soin. Des armées féodales cherchant la gloire, on passa aux armées professionnelles dont l'objectif était de survivre afin de profiter de la solde.

Les tactiques de la cavalerie

La cavalerie était généralement divisée en trois groupes ou divisions qu'on envoyait à la bataille l'une après l'autre. La première vague devait enfoncer les rangs de l'ennemi ou le gêner assez pour que la seconde ou la troisième vague puisse y parvenir. Une fois l'ennemi mis en déroute, les captures et tueries pouvaient avoir lieu.
En réalité, les chevaliers suivaient leurs intérêts au détriment des plans des stratèges. L'intérêt principal des chevaliers était l'honneur et la gloire, et ils usaient de manigances pour être au premier rang de la première division. La victoire finale n'était qu'au second plan, derrière la gloire personnelle. Quels que fussent les plans établis, les chevaliers chargeaient dès qu'ils apercevaient l'ennemi...
Les stratèges mettaient quelquefois leurs chevaliers à pied de façon à mieux pouvoir les contrôler. Ce choix était souvent adopté par les commandants de petites armées, qui n'avaient que peu d'espoir de remporter une victoire en chargeant. Les chevaliers à pied venaient en renforts des combattants tout en soutenant le moral des troupes de roturiers fantassins. Les chevaliers et les autres soldats à pied combattaient derrière des rangées de pieux ou autres dispositifs conçus pour minimiser l'impact des charges de cavalerie.
La bataille de Crécy, en 1346 est un bon exemple de conduite indisciplinée de la part des chevaliers. L'armée française était environ quatre fois plus nombreuse que l'armée anglaise (40 000 hommes contre 10 000) et comprenait beaucoup plus de chevaliers montés. Les Anglais divisèrent leurs troupes en trois groupes de grands archers protégés par des pieux enfoncés dans le sol. Entre les trois groupes, se trouvaient deux groupes de chevaliers à pied. Un troisième groupe de chevaliers à pied fut gardé en réserve. Des arbalétriers mercenaires génois furent envoyés par le roi de France pour attaquer l'armée anglaise à pied, pendant qu'il essayait de former trois divisions de chevaliers. Toutefois, les arbalètes étaient humides et totalement inefficaces. Les chevaliers français ne tinrent pas compte des tentatives d'organisation de leur roi : dès qu'ils virent l'ennemi, ils oublièrent toute discipline et se mirent à crier « À mort ! À mort ! ». Le roi de France se montra alors impatient avec les Génois et ordonna à ses chevaliers de charger. Ceux-ci écrasèrent les arbalétriers sur leur chemin. Même si la bataille dura toute la journée, les chevaliers anglais à pied et les grands archers (qui avaient conservé leur arcs à l'abri) vainquirent les Français qui s'étaient battus en ordre dispersé.
À la fin du Moyen-Âge, le rôle de la cavalerie lourde était fortement réduit : du point de vue militaire, elle avait quasiment la même importance que les troupes de fantassins et de lanceurs. Les stratèges savaient qu'il était futile de charger des troupes d'infanterie bien implantées et disciplinées. Les règles avaient changé. Les pieux, les pièges à chevaux et les tranchées étaient couramment employées par les armées pour les protéger contre les charges de cavalerie. Les charges menées contre les rangs serrés des soldats armés de piques et les archers et/ou les tireurs se transformaient en boucherie où on avait peine à distinguer les cadavres des hommes de ceux des chevaux. Les chevaliers devaient alors combattre à pied ou attendre le moment opportun pour charger. Les charges dévastatrices restaient encore possibles, mais seulement lorsque l'ennemi était en fuite, désorganisé, ou qu'on avait réussi à le chasser de derrière ses défenses.

Tactiques des troupes équipées d'armes à jet

Pendant la majeure partie de cette époque, les troupes équipées d'armes à jet utilisaient toutes différents types d'arcs. Il s'agissait de l'arc court, puis de l'arbalète et du grand arc. Les archers avaient l'avantage de pouvoir tuer et blesser les ennemis à distance sans devoir engager un combat individuel. La valeur de ces troupes était bien connue des Anciens, mais leur expérience s'était perdue pendant la période d'obscurantisme. Les chevaliers médiévaux dominaient leur territoire et leur époque : leur code d'honneur exigeait qu'ils se battent à mains nues contre un honorable ennemi. En tuer un à distance avec un arc était considéré comme un acte vil : la classe dirigeante ne fit donc que peu d'efforts pour développer cette arme et en améliorer l'efficacité.

Peu à peu, il devint toutefois évident que les archers étaient efficaces et très utiles, à la fois lors des sièges et des batailles. De plus en plus d'armées les intégrèrent à contrecoeur dans leurs rangs. Il est possible que la victoire décisive de Guillaume Ier à Hastings en 1066 soit due aux archers, même si le mérite en revient traditionnellement aux chevaliers. Les Anglo-Saxons tenaient une colline et leur mur de boucliers était si dense que les chevaliers normands ne parvinrent que difficilement à le percer. La bataille resta indécise toute la journée. Les Anglo-Saxons s'aventurèrent hors de leur mur de boucliers, en partie pour essayer d'atteindre les archers normands. Lorsqu'ils furent à découverts, Guillaume le Conquérant n'eut aucun mal à les écraser. Pendant un certain temps, la victoire sembla toutefois devoir lui échapper, mais, beaucoup pensent que ce sont les archers normands qui firent pencher la balance en faveur des troupes de Guillaume : un jet de flèche chanceux blessa mortellement Harold, le roi anglo-saxon et la bataille prit fin peu après.

Les archers à pied combattaient en formation compacte de plusieurs centaines - voire de plusieurs milliers - d'hommes. À moins de cent mètres de l'ennemi, une flèche d'arbalète ou de grand arc pouvait pénétrer une armure. À cette distance, les archers visaient des cibles individuelles. Ce genre d'actions rendait l'ennemi fou de rage, surtout s'il ne pouvait pas riposter. Dans une situation idéale, les archers décimaient la formation ennemie en tirant sporadiquement sur elle. L'ennemi était certes protégé de la cavalerie derrière les pieux, mais il ne pouvait éviter toutes les flèches ou les traits qui pleuvaient sur leur tête. Si l'ennemi quittait sa protection et chargeait les archers, la cavalerie lourde intervenait pour sauver les archers. Si la formation ennemi défendait son territoire sans bouger, les pertes pouvaient atteindre une telle proportion qu'une charge de cavalerie légère suffisait alors pour anéantir l'opposant.

En Angleterre, le rôle des archers était reconnu et ceux-ci étaient bien payés, parce que les Anglais étaient désavantagés lorsqu'ils faisaient la guerre hors de leur île.  Lorsqu'ils apprirent à utiliser ces grandes unités d'archers, ils commencèrent à remporter des victoires, même s'ils étaient généralement en nombre inférieur. Profitant de l'avantage que leur conférait la portée des grands arcs, les Anglais développèrent la tactique du tir de barrage. Plutôt que de viser une cible individuelle, les grands archers visaient la zone qu'occupait l'ennemi. Leur puissance de tir pouvait atteindre 6 flèches à la minute : 3 000 grands archers pouvaient donc tirer 18 000 flèches par minute sur une formation ennemie. L'effet de ce tir sur les montures et les hommes était dévastateur. Les chevaliers français qui prirent part à la Guerre de cent ans parlaient de cieux obscurcis par les nuées de flèches et du sifflement des projectiles.

Les arbalétriers devinrent incontournables dans les autres armées européennes, tout spécialement dans la milice et dans les forces armées professionnelles levées par les villes. Avec un minimum d'entraînement, un arbalétrier devenait un soldat efficace.

Vers le XIVème siècle, les premières armes à feu de poing firent leur apparition sur les champs de bataille. Lorsqu'elles devinrent efficaces, leur puissance surpassa celle des arcs.

La difficulté rencontrée avec les archers est qu'il fallait les protéger pendant le tir. Pour être efficaces, il leur fallait se trouver relativement près de l'ennemi. Les grands archers anglais emportaient des pieux sur le champ de bataille et les enfonçaient dans le sol à l'aide de maillets. Il les plaçaient devant l'endroit duquel ils désiraient tirer. Ces pieux les protégeaient de la cavalerie ennemie. Ils comptaient sur leur puissance de feu pour combattre les archers ennemis. Ils étaient en position d'infériorité en cas d'attaque de fantassins ennemis. Les arbalétriers portaient un grand bouclier, le pavois. Il était muni de supports et pouvait former de véritables murailles derrière lesquelles les hommes pouvaient tirer.

Vers la fin de cette époque, les arbalétriers et les soldats armés de piques combattaient ensemble en formations mixtes. Les piques servaient à repousser les unités de combat rapproché ennemies, pendant que les troupes équipées d'armes de jet (arbalètes) ou d'armes à poing tiraient dans les formations ennemies. Ces formations mixtes apprirent à se mouvoir et à attaquer. La cavalerie ennemie devait se retirer devant une force disciplinée constituée de soldats armés de piques, d'arbalètes et d'armes à poing. Si l'ennemi ne pouvait riposter en utilisant la même technique, il avait peu de chances de remporter la victoire.

Tactiques de l'infanterie

La tactique des fantassins de l'Âge sombre était très simple : s'approcher de l'ennemi et donner de grands coups d'épées. Les Francs lançaient leur haches juste avant de fondre sur l'ennemi, afin d'en briser les rangs. Les guerriers se reposaient sur leur force et leur férocité pour vaincre.

L'arrivée des chevaliers éclipsa temporairement l'infanterie, surtout parce qu'il n'existait pas alors d'infanterie disciplinée et bien entraînée. Les fantassins des premières armées médiévales étaient surtout des paysans dont l'armement était d'aussi mauvaise qualité que la formation militaire.

Les Saxons et les Vikings développèrent une technique de défense appelée le mur de boucliers. Les hommes se tenaient les uns à côté des autres et plaçaient leurs boucliers devant eux, formant ainsi une véritable muraille. Ceci les protégeait contre les archers et la cavalerie dont leur armée était dépourvue.

L'infanterie connut un regain de succès dans les régions où manquaient les ressources nécessaires pour lever des armées comprenant une cavalerie lourde, tels que les pays vallonnés (Écosse ou Suisse), et dans les bourgs en pleine émergence. Il était nécessaire, pour ces deux types de populations, de mettre en place une armée ne contenant que peu ou pas de cavalerie. Ces deux groupes découvrirent que les chevaux ne pouvaient pas charger dans une barrière faite de pieux cassants ou de pointes de lance. Une force disciplinée de lanciers pouvait arrêter la cavalerie lourde de l'élite des riches nations et seigneurs pour une partie infime du coût d'une unité de cavalerie lourde.

La formation schiltron était composée d'un cercle de lanciers. Elle fut utilisée pour la première fois par les Écossais pendant les guerres d'indépendance, vers la fin du XIIIème siècle (on les voit dans le film Braveheart ). La schiltron s'avéra être une formation défensive efficace. Robert Ier Bruce ne livrait bataille aux chevaliers anglais qu'en terrain marécageux, ce qui diminuait beaucoup l'efficacité d'une charge de cavalerie lourde.

Les Suisses devinrent réputés pour leur capacité à combattre avec des piques. En fait, ils utilisaient fondamentalement la formation de la phalange grecque et maniaient adroitement les longues piques lors des combats. Ils formaient des carrés d'hommes et les quatre rangs extérieurs tenaient leurs piques légèrement inclinées vers le sol, formant ainsi un barrage efficace contre la cavalerie. Les rangs arrières étaient armés de piques équipées de lame pour attaquer les ennemis se rapprochant de la formation. Les Suisses étaient tellement bien entraînés qu'ils étaient capables de se mouvoir avec célérité, ce qui faisait également de cette formation de défense une formation d'attaque efficace.

La réponse aux formations serrées armées de piques fut l'artillerie qui ravageait les rangs des formations denses. Il semble que ce soient les Espagnols qui l'utilisèrent efficacement pour la première fois. Ces derniers combattaient aussi les soldats armés de piques de manière efficace avec des troupes équipées d'épées et de bouclier. Les soldats portaient des armes légères et pouvaient se faufiler entre les piques et livrer combat avec de courtes épées. Leur bouclier était de petite taille et fort maniable. À la fin du Moyen-Âge, les Espagnols furent également les premiers à s'essayer aux formations mixtes composées de soldats armés de piques, d'épées, et d'armes à poing. C'était une force efficace qui pouvait affronter tout type d'opposants sur divers terrains, à la fois en défense et en attaque. À la fin de cette ère, les Espagnols représentaient la force de combat la plus efficace d'Europe.

Voir aussi l'article : Age of Kings - Invasions barbares.